J’écris (bénévolement) pour une organisation qui s’interroge sur sa position politique face à la consommation pornographique des jeunes. C’est un document officiel, je dois faire preuve de diplomatie et de circonvolution… Mais ici, je vais y aller franchement, et vous le vomir :
Les anti-porn agitent la peur de la pornographie sous prétexte de protéger les jeunes de la violence. Mais les jeunes ne les intéressent pas.
Voici pourquoi :
1. Aucune étude n’a réussi à prouver un lien de causalité entre porn et violences sexistes et sexuelles (VSS)1. Toutes les études qui établissent un lien de causalité entre porn et VSS ont été démontées. Celles qui n’ont pas encore été démontées ont des lacunes méthodologiques importantes déjà été mises en lumière2
2. Si la protection des jeunes était l’objectif n°1, les anti-porn n’investiraient pas argent et temps dans la rédaction de rapports (Sénat, HCE…) qui contredisent les études scientifiques et qui sont par la suite vivement critiqués et démontés3
3. si la protection des jeunes était l’objectif n°1, les anti-porn militeraient pour l’application de la loi de 2001 (permettant de parler de TOUTES les violences), militeraient pour plus de moyens à l’ASE et s’indigneraient des violences perpétrées dans les institutions (église, écoles…)
4. si la protection des jeunes était l’objectif n°1, les anti-porn s’indigneraient systématiquement des propos de ceux qui défendent des agresseurs sexuels.
Déso pas déso, mais je ne me suis toujours pas remis·e d’Emmanuel Macron qui déclare – en toute détente à 20h en direct – que Gérard Depardieu fait la fierté de la France. Je me limite à Gérard Depardieu, mais il n’est malheureusement pas une exception
Bref, brandir la « protection des enfants » leur permet d’avancer un agenda conservateur, où la remise en question de la domination adulte et patriarcale n’a pas sa place. Mais où on vous explique ce que serait une bonne sexualité et une mauvaise sexualité. Spoiler : les pratiques non normées, comme par exemple les pratiques anales, ne font pas parties d’une bonne sexualité4. L’enjeu n’est pas sécuritaire ou sanitaire, mais moral.
notes :
1 Académie nationale de médecine. (2023). Accès à la pornographie chez l’enfant et l’adolescent : conséquences et recommandations. https://www.academie-medecine.fr/acces-a-la-pornographie-chez-lenfant-et-ladolescent-consequences-et-recommandations/
2 Peter, J., & Valkenburg, P. M. (2016). Adolescents and Pornography: A Review of 20 Years of Research. The Journal of Sex Research, 53(4‑5), 509‑531. https://doi.org/10.1080/00224499.2016.1143441
3 Tribune de chercheurseuses, des travailleurseuses du sexe, des artistes, des éducateurrices et des journalistes, 14 octobre 2022. Pornographie et violences sexuelles et sexistes : un autre programme féministe est possible. Mediapart. Consulté 11 avril 2023, à l’adresse https://blogs.mediapart.fr/les-invites-de-mediapart/blog/141022/pornographie-et-violences-sexuelles-et-sexistes-un-autre-programme-feministe-est-possi
4 le rapport HCE catégorise les vidéos pornographiques avec des pratiques anales comme violentes. Ce qui pose question quant à la place du consentement dans les pratiques sexuelles, et la catégorisation (violente) de la sexualité des personnes gay.